Protocole 7-Oméga : la procédure secrète que l’armée française active en cas de contact
Par David Merle — investigation indépendante
Le signal a duré quatre minutes et trente-deux secondes. C’était en novembre 2021, au-dessus du couloir aérien qui longe la frontière franco-suisse, à une altitude que les avions commerciaux n’empruntent pas. Un technicien de permanence à la base aérienne de Dijon, sous couvert d’anonymat, décrit "une forme de pulsation régulière, ni un écho parasite ni une balise en dérive — quelque chose qui répondait". Ce qu’il a fait ensuite, il ne peut pas le dire librement. Ce qu’il a déclenché porte un nom que peu de gens connaissent : le protocole 7-Oméga.
Ce que la France ne reconnaît pas officiellement
La France est l’un des rares pays au monde à avoir institutionnalisé la recherche sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés. Depuis 1977, le GEIPAN — Groupe d’Études et d’Informations sur les Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés — recueille, classe et instruit les signalements. Rattaché au CNES, il reçoit entre 600 et 1 000 rapports chaque année. Environ 150 à 200 donnent lieu à une enquête approfondie. Les données sont publiques, accessibles en ligne, présentées avec la rigueur froide d’un rapport administratif.
Mais le GEIPAN n’est que la couche visible.
Son comité de pilotage réunit quinze membres permanents : la Gendarmerie nationale, la Police nationale, la Sécurité civile, la Direction générale de l’Aviation civile, l’Armée de l’Air et de l’Espace, le CNRS, Météo-France. Cette architecture interministérielle n’a rien d’anodine. Elle garantit, sur le papier, une remontée d’information coordonnée. Mais selon trois sources interrogées séparément — un ancien officier de l’armée de l’air, un ingénieur du CNES à la retraite, un fonctionnaire du ministère de la Défense aujourd’hui en poste dans le secteur privé — il existe, en dessous de cette structure officielle, un protocole de second niveau. Actif. Opérationnel. Jamais mentionné dans aucun document public.
Ils l’appellent tous le protocole 7-Oméga.
Une architecture parallèle
D’après ces sources, le protocole 7-Oméga ne serait pas un plan de contact — terme que les autorités jugent prématuré et politiquement ingérable. Ce serait plutôt une procédure de confinement de l’information : une série de mesures activées automatiquement lorsqu’un phénomène non identifié dépasse certains seuils de comportement. Durée de l’observation. Réponse à des stimuli électromagnétiques. Altitude et trajectoire incompatibles avec tout engin répertorié.
Trois seuils, semble-t-il. Le technicien de Dijon, s’il dit vrai, en aurait franchi deux.
"Quand les trois critères sont réunis, tu n’appelles plus ton supérieur hiérarchique direct", explique l’ancien officier, qui a servi à la base aérienne 116 de Luxeuil-les-Bains jusqu’en 2018. "Tu décroches un autre téléphone. Une ligne qui n’apparaît sur aucun organigramme official." Il s’arrête. "Et après, tu attends."
Le ministère de la Défense, contacté par écrit dans le cadre de cette enquête, n’a pas souhaité commenter.
Le vide juridique international
Le paradoxe français est réel, et il est documenté. Le seul protocole international existant en matière de contact extraterrestre date de 1989. Il a été établi par la communauté du SETI — Search for Extraterrestrial Intelligence — sous la forme de huit directives que les experts eux-mêmes qualifient de "vagues". Aucune n’est contraignante. Aucune n’implique les gouvernements. Aucune ne définit ce que doit faire un État si le signal n’est plus passif — s’il répond.
Face à ce vide, un groupe international baptisé Post-Detection Hub a été créé ces dernières années, porté notamment par des chercheurs britanniques et américains, pour élaborer un cadre plus robuste. Ses travaux intègrent des questions de législation spatiale, de gestion des médias, d’impact sociétal. La France n’y est pas officiellement représentée. Ce qui ne signifie pas qu’elle n’observe pas.
"Le problème, avec un vrai contact, c’est que vous ne pouvez pas l’annoncer sans avoir décidé à l’avance comment vous l’annoncez", résume un chercheur en sécurité cognitive, spécialiste des crises d’information, qui a travaillé avec plusieurs ministères européens. Il préfère ne pas être cité nommément. "Tout État sérieux a un plan. Certains appellent ça autrement."
La nuit de novembre
Le récit du technicien de Dijon ne constitue pas une preuve. Il constitue un témoignage — et les témoignages, dans ce domaine, sont la matière première de tout ce que nous savons réellement.
Ce soir-là, la température dans la salle de veille était de dix-neuf degrés, climatisation réglée sur constant. L’écran principal affichait le trafic standard du couloir Lyon–Genève. Puis le signal est apparu : une signature radar dense, immobile pendant quarante secondes, avant de se déplacer à une vitesse que le système n’a pas su calculer — "parce que les algorithmes ont des plafonds", précise-t-il, "et ce machin était au-delà du plafond". Il a duré quatre minutes trente-deux. Puis il a disparu. Pas un fondu. Une disparition nette, comme si quelqu’un avait éteint une lumière.
Le technicien dit avoir suivi la procédure. Il n’en détaille pas les étapes. Il dit seulement qu’il a reçu, deux heures plus tard, un appel d’un numéro masqué, qu’une voix lui a posé sept questions précises, et que le lendemain matin, le segment de log correspondant à la séquence avait été "archivé différemment" — expression qu’il répète deux fois, sans l’expliquer davantage.
Ce que le GEIPAN ne classe pas
Les statistiques annuelles du GEIPAN répartissent les phénomènes en plusieurs catégories : identifiés avec certitude (A), identifiés avec probabilité (B), insuffisamment documentés (C), inexpliqués après enquête complète (D). La catégorie D représente, selon les années, entre 3 et 5 % des cas traités.
Ce que ces statistiques ne montrent pas, c’est ce qui ne leur parvient jamais. Plusieurs pilotes civils interrogés au fil des ans par des journalistes et des chercheurs indépendants décrivent une pression informelle à ne pas signaler ce qui pourrait nuire à leur réputation professionnelle. Des contrôleurs aériens évoquent des procédures de "non-documentation" pour certaines catégories d’anomalies. L’Armée de l’Air et de l’Espace, de son côté, ne transmet au GEIPAN que ce qu’elle choisit de transmettre.
Le reste, s’il existe quelque part, existe dans des dossiers dont personne ne confirme officiellement qu’ils existent.
Ce que personne ne demande
En décembre 2023, lors d’une audition au Sénat portant sur les risques d’ingérence technologique étrangère, un sénateur a posé une question qui n’était pas au programme. Il voulait savoir si la France disposait d’un protocole opérationnel en cas de détection d’un phénomène aérospatial d’origine indéterminée. Le représentant du ministère de la Défense présent ce jour-là a souri. Il a dit qu’il n’était pas en mesure de répondre à cette question dans ce cadre.
La séance a continué. Personne n’a insisté.
Ce qui n’a pas de réponse officielle en a parfois une officieuse. Le protocole 7-Oméga, s’il existe sous la forme décrite par les trois sources contactées dans le cadre de cette enquête, ne serait ni une preuve de contact, ni un aveu d’ignorance. Il serait quelque chose de plus inquiétant : la démonstration qu’un État peut construire, en silence, une réponse à une question qu’il n’a jamais officiellement posée.
La ligne téléphonique que le technicien de Dijon dit avoir décrochée cette nuit de novembre — on ne sait pas à qui elle répond. Et peut-être que c’est exactement le problème.
David Merle est journaliste d’investigation indépendant. Il a travaillé pour plusieurs médias francophones sur les questions de défense, de renseignement et de phénomènes non documentés.

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