Martin CORIGAN

Cette famille normande vit avec un fantôme depuis 15 ans — ils ont tout filmé

janvier 23, 2026

En 2009, Jacques et Sophie tombent sur une annonce immobilière dans le Perche normand, juste à la lisière d’un petit village souvent cité pour ses légendes locales (les archives mentionnent parfois le nom de Saint-Martin-sur-Renon, mais la discrétion impose de taire le nom exact). L’ancienne grange rénovée, avec sa vue dégagée sur une campagne qui, les soirs d’automne, prend des teintes presque irréelles, semblait idéale. Prix raisonnable. Peu de travaux à prévoir. Ils signent sans hésiter, portés par ce sentiment d’avoir trouvé le lieu où ancrer leur famille.

Quinze ans plus tard, ils vivent toujours dans cette maison. Avec leurs trois enfants. Mais aussi, et ça ils n’y étaient vraiment pas préparés — avec « autre chose ». Une présence. Imprévisible.

Chronologie d’une cohabitation impossible

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Les premières semaines filent sans histoire. La famille pose ses valises, les enfants se chamaillent en déballant leurs jouets, Sophie repère tant bien que mal une organisation pour les placements de meubles. Rien, ou presque, à signaler.

Puis, sans prévenir, tout bascule un soir de novembre. Sophie croit entendre des pas dans le couloir — ce type de bruit qui ne ressemble pas aux vieux parquets qui craquent après le dîner, mais à un pas humain, léger, régulier. Elle se lève, parcourt la maison, chacun des enfants dorment d’un sommeil profond. Les allées et venues nocturnes reprennent dans la tranche 1h30-3h du matin. Toujours.

Jacques, pragmatique, évoque le parquet, l’humidité, la charpente fatiguée. Mais Sophie n’est pas totalement convaincue. Assez vite, s’ajoutent des jouets déplacés dans le salon au réveil (chose que nul n’avouera avoir fait), la porte qui claque sans courant d’air, ou ces murmures que seuls les silences de la nuit réussissent à révéler — il y a là, clairement, plus qu’une simple histoire de bois qui travaille.

En 2012, leur aîné — sept ans alors — voit un petit garçon blond dans l’escalier. Le prénom de cet enfant ne sera jamais connu, mais les descriptions, récurrentes dans le récit familial, sont précises : cheveux clairs coupés courts, vêtements d’un autre siècle, le regard qui ne quitte jamais l’enfant de la maison. Ce dernier, d’ailleurs, considérera cette apparition comme la visite d’un ami imaginaire. Au bout de quelques jours, le « nouveau » disparaît, sans un bruit.

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À partir de là, la famille décide de ne plus laisser ces phénomènes dans l’ombre. Jacques installe une webcam dans le salon, configurée pour se déclencher au moindre bruit suspect, la nuit surtout. Ils archivent tout — des heures et des heures de films, parfois plus de cent enregistrements sur une seule année. On découvre des objets qui semblent se déplacer tout seuls, accélération étrange sur la bande. Certains soirs, le micro capte des coups sourds, d’autres fois de brusques claquements sur les murs. Et une nuit de mai 2020, une voix grave retentit sur le flux audio : « Va ailleurs. »Pas d’ambiguïté — c’est Jacques qui est visé. Ce genre de message, il faut reconnaître, a nourri bien des discussions dans les forums locaux.

Le quotidien avec l’invisible

La maison devient, petit à petit, le théâtre d’une routine hors normes. Sophie développe une pelade assez spectaculaire : cheveux qui tombent par plaques, les médecins évoquant un stress qui dépasse le seuil habituel, prescriptions de tranquillisants… En l’espace de trois mois, elle perd douze kilos. Le soir venu, elle refuse désormais de rester seule. Fait troublant : chaque absence nocturne de Jacques donne lieu à des manifestations accrues, comme si l’entité prenait le relais une fois la figure masculine partie. Certains proches ont par la suite avancé que le « fantôme » chercherait à éloigner Jacques, histoire de garder Sophie pour elle.

Chez les enfants, tout cela devient une sorte de normalité. L’enfant blond, qu’ils appellent « le petit », refait surface sporadiquement. D’autres silhouettes peuplent la nuit : un homme dans la chambre parentale, deux femmes dans le couloir. Étrangement, jamais l’impression d’une menace directe. La sensation prédominante : une présence constante, parfois presqu’effacée, parfois lourde — mais rien d’explicitement agressif selon leur récit.

Jacques, lui, subit des manifestations physiques franchement inquiétantes. Au printemps 2020 — c’est consigné dans leur journal vidéo — il se réveille avec une brûlure circulaire sur l’oreille gauche, alors qu’il n’y a aucune source chaude autour. Plus tard, il traverse une douche froide inattendue en pleine nuit, suivie de vomissements sévères (allodynie, disent certains, pourrait expliquer cette hypersensibilité soudaine). Cette même nuit, la caméra filme une déflagration dans le placard de la chambre : bruit sec, violent. Pourtant, personne n’en a trouvé l’origine, malgré inspection le lendemain.

Les tentatives d’explication

En 2015, Laurent Zientara — enquêteur du paranormal local — débarque accompagné d’un groupe de recherches (le nom officiel serait « Perche Paranormal » si l’on se fie aux forums de passionnés, mais la famille préfère taire le détail). Au salon, ils organisent une séance de spiritisme où chacun tente de capter une « présence ». Selon leur rapport manuscrit (toujours archivé à la maison), cinq entités se manifestent, le tout recoupé par des sensations partagées : l’enfant blond, l’homme dans la chambre, deux femmes d’âge variable, et une entité qualifiée de « sombre » et très ancienne.

Leur hypothèse principale reste la suivante : la maison serait bâtie sur un ancien chemin de pèlerinage, là où, d’après certains registres, des voyageurs auraient péri entre le XVIIIe et le XIXe siècles. Des traces de vie, accrochées à ce lieu sans parvenir à s’en détacher. L’attitude hostile envers Jacques serait — selon eux — un réflexe de protection envers Sophie, une volonté de l’isoler.

En 2018, la famille sollicite une parapsychologue réputée dans la région. Elle suggère un autre scénario : poltergeist d’origine psychique. Cette fois, l’accent est mis sur la psychologie familiale. Les troubles pourraient provenir d’une projection post-traumatique liée à Sophie, peut-être consécutive à un événement avant l’emménagement (ce point n’a jamais été éclairci). Le climat anxiogène, amplifié par la curiosité médiatique, agirait lui aussi comme catalyseur.

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D’autres, sceptiques, rappellent le manque de preuves vraiment « irréfutables ». Les vidéos ? On sait que ce genre de déplacement d’objets est facile à truquer. Les voix, disent certains voisins, pourraient bien n’être que parasites radio ou interférences dues à la configuration électrique de la ferme. Quant aux enfants, ils sont jeunes — la psychologie du récit familial agit comme mythe structurant : très possible que leur imagination travaille sous l’influence du stress parental.

Un prêtre local, curé de Saint-Benoît-sur-Orne selon certains témoignages, a tenté un exorcisme en 2017. Aucune amélioration ; paradoxalement, ça s’intensifie après le rituel. Comme si le phénomène réagissait à la tentative d’expulsion — certains experts soulignent que ces « sursauts » sont fréquents dans la littérature du paranormal.

Le poids du contexte normand

Impossible de ne pas parler du terreau régional. La Normandie ne manque pas de récits de maisons hantées, et pas seulement autour du Perche. Le Château de Rânes, tout près de chez Jacques et Sophie, attire chaque mois des groupes — la file ne désemplit pas, surtout lors des visites « nocturnes ». La Dame Blanche d’Alençon appartient au patrimoine oral. Mais même du côté de Pirou-Plage, sur la Manche, des familles font état de phénomènes analogues : bruit de pas la nuit, ombres furtives, malaise difficile à décrire (un ancien du village nous confiait récemment que « c’est dans le mur et dans les histoires »).

Face à la multiplication des récits, on hésite : tradition culturelle ou phénomène réel ? Il est facile, dans une région où le récit se transmet par les veillées et les fêtes de village, d’attribuer chaque bruit étrange à un fantôme. Mais il arrive aussi que certaines maisons concentrent les témoignages — une sorte d’agrégation d’énergie ou d’attention collective, difficile à tracer scientifiquement.

Le Château des Ducs d’Alençon propose désormais chaque mois la fameuse « visite paranormal » (affiche dans toutes les boulangeries du secteur), qui mêle vrais croyants et amateurs de frissons. Ce balancement entre croyance sincère et industrie du mystère reflète, au fond, ce qui nourrit la persistance des légendes locales.

Récit vécu et constance de la cellule familiale

En 2022, lors d’un reportage avorté, Jacques et Sophie ont accueilli l’équipe pour une soirée entière. Ce qui frappe après quinze ans, au-delà des bruits et des images : c’est cette fidélité au vécu. Pas d’exagération. Jamais de recherche de buzz. Sophie passe des heures à réécouter ses enregistrements audio — chuchotements, mais aussi silence plat, souffle du vent dans les combles, tout y est (dans le grenier, les enfants affirment même parfois percevoir une « voix lointaine » au rythme de la pluie).

Ce qui questionne vraiment, c’est la résilience involontaire de la famille : ni profit, ni médiatisation tapageuse, juste un besoin de comprendre et de composer avec ce quotidien qui leur appartient. Doute ou croyance ? Entre les forums sceptiques qui les accusent de mise en scène, et les messages de soutien des groupes de recherches étrangers (des passionnés américains d’Arkansas ont même contacté la famille pour analyser les flux vidéos), la frontière reste floue.

Ce n’est pas tant « les fantômes existent-ils ? » que l’enjeu, mais « comment ce récit façonne la cellule familiale ? » La transmission intergénérationnelle du récit, l’impact sur le psychisme des enfants, le mythe familial comme protection face à l’incompréhensible : tout cela mérite une vraie réflexion. Le mystère, en somme, n’est pas près de se dissiper.

La médiatisation, arme à double tranchant

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Depuis 2018, la famille a accepté quelques interviews dans la presse locale et une vidéo amateur vite reprise sur un forum américain spécialisé. L’effet est immédiat : afflux de curieux. Des « chasseurs de fantômes » — jeunes du coin et plus vieux venus de Jersey, parfois même de Guernesey — débarquent à l’improviste, filment la façade depuis la route. Certains poussent l’audace jusqu’à entrer dans le jardin. Dans deux cas, la gendarmerie intervient. Clairement, le phénomène devient hors de contrôle.

Les réseaux sociaux amplifient tout (certains parlent d’un « effet bulle de filtre » typique sur les plateformes). Forums, vidéos disséquées, accusation de supercherie en boucle. D’autres voient là les preuves d’une vie après la mort. Jacques finit par interrompre la collecte vidéo — trop de pression, trop d’avis contradictoires — mais les phénomènes persistent, loin des caméras cette fois.

La technologie, censée rassurer, ne fait que nourrir le doute. Preuve après preuve, tout est contesté. Et, loin des projecteurs, dans ce recoin du Perche où, parfois, le brouillard enveloppe la maison jusqu’au petit matin, une famille continue d’habiter ses fantômes — que l’on y croit ou non.

Quinze ans de cohabitation, des centaines d’heures d’enregistrements vidéo, des dizaines de phénomènes recensés, trois enfants pour lesquels tout cela fait partie de l’histoire familiale. Deux parents épuisés, oscillant entre intime conviction et nécessité de raconter encore, de justifier parfois — et l’éternelle question, jamais réglée, toujours entre 1h30 et 3h : qu’est-ce qui se passe vraiment, là, dans cette maison ?

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